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10.01.2008
Les contes du GREST
Le G.R.E.S.T. est une association qui, dans la mouvance de nombreux organismes s’intéresse à la question des « savoirs traditionnels ». Elle s’est ainsi fixée comme objectifs : le recensement des pratiques traditionnelles du monde rural de Côte d’Ivoire, convaincue que dans ces savoirs résident la clé d’un développement adapté de son peuple. Le GREST a réalisé dans ce cadre un certain nombre de travaux dont la collecte de contes.
La valeur pédagogique et éducative de ces récits, inspire au groupe d’orienter leur diffusion d’abord vers la jeunesse des lycées et collèges. C’est pourquoi nous avons conçu cette collection d’une série intitulé : le Conte du mois sous forme de bulletins illustrés, pour égayer et éduquer notre jeunesse.
Nous vous proposons aujourd'hui de découvrir 2 exemples de contes (la promesse et pourquoi le ver de terre n-at-il pas dos?) publiés dans le bulletin mensuel du GREST. Ce bulletin mensuel est disponible, sous format papier, à Abidjan (300F CFA) et en Europe. Il est également possible de s'abonner à ce bulletin. Pour en savoir plus, merci de nous contacter.
Le deuxième conte (Pourquoi le ver de terre n'a-t-il pas d'os?) est disponible en téléchargement libre au bas de cet article.
LA PROMESSE
Un conte GWA (M’Batto) - Retranscrit par Mme Monnet Bernadette.
Tous droits réservés pour tous pays
C’était la saison des n’dabin. Le « n’dabin » est un fruit savoureux, une espèce de prune à chair brune, onctueuse et sucrée, qu’on ramasse en forêt.
Lorsqu’il mûrit, les enfants et même les adultes vont à sa cueillette par groupes. Ce jour là, une bande de jeunes du village, décidèrent d’offrir des n’dabin à leur famille.
Sur leur chemin, un ruisseau est là qui barre la route. Celui qui ouvrait la marche lui dit
- Petite rivière, laisse moi passer et au retour de ma cueillette, je t’offrirais deux fruits.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.
- Petite rivière, laisse moi passer à mon tour et je te donnerai quatre n’dabin, fit le second enfant.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.
- Petite rivière, laisse moi passer aussi, et au retour je te donnerai
une poignée de n’dabin fit le troisième.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.
Et ainsi, l’un après l’autre, tous passèrent à pied sec la rivière sur promesse d’offrir qui un, qui deux qui une poignée de n’dabin.
Le dernier enfant promit quant à lui, de donner toute sa calebasse de fruits. Promesse hardie, insensée, inconsciente.
Le soir venu, après une récolte plutôt belle, les enfants revinrent des champs et ne tardèrent pas à rencontrer petite rivière.
Le premier enfant dit au cours d’eau
- Petite rivière, voici les deux n’dabin que je t’avais promis.
Il jeta les fruits dans l’eau. Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec. Le second enfant lui dit :
- Petite rivière, voici les quatre n’dabin que je t’avais promis.
Il jeta les fruits dans l’eau, Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec. Le troisième enfant lui dit
- Petite rivière, voici la poignée de n’dabin que je t’avais promis, il jeta les fruits dans l’eau, petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec,
Chacun donna ce qu’il avait promis et les eaux se retirèrent chaque fois pour lui laisser le passage.
Vint le tour du dernier enfant. Il jeta dans l’eau une poignée de n’dabin, l’eau ne bougea pas, il en rajouta quelques- uns.
Petite rivière resta en place. Il jeta une autre poignée, le ruisseau ne se retira pas.
La nuit tombait doucement. Sur l’autre rive ses camarades lui demandaient de tenir sa promesse et lui criaient
- Vide ta calebasse à l’eau
- Non, j’ai ramassé mes fruits pour la maison.
Il refusait de tenir sa promesse. Enfin, jetant encore quelques fruits dans la rivière, il s’y engagea.
Brusquement, le ciel s’obscurcit et une première goutte de pluie tomba, puis une deuxième, puis une troisième. De l’autre côté, ses amis l’exhortaient à renverser
sa calebasse dans la rivière, l’enfant refusait obstinément et continuait d’avancer.
Mais les eaux montaient, montaient. Bientôt elles atteignirent ses genoux, puis ses cuisses, tandis qu’il s’était mis à chanter :
N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin
- Jette donc tous tes fruits.
- Non je les ai cueillis pour la maison.
Et l’eau montait toujours. Elle atteignit son ventre. L’enfant continuait à avancer et à chanter :
N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin
Devant la menace de voir leur camarade englouti, les enfants au pas de course, s’en furent avertir ses parents. Lorsque ceux-ci arrivèrent au bord de la rivière, ils aperçurent la calebasse de leur enfant flottant sur l’eau. Elle fut bientôt
engloutie aussi. Ils résolurent de vider la rivière pour sauver leur petit et se mirent donc à la tâche. La tête de leur fils après quelques instants émergea. Pressé de le sauver, le père lui saisit les cheveux et se mit à tirer sur la tête de l’enfant. Les cheveux lui restèrent entre les mains et imprimèrent dans ses paumes, les marques que désormais tout homme porte dans les mains. L’enfant disparut à jamais sous les eaux.
N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin
La promesse est une dette. Promettez avec raison, sans légèreté ce qui vous est possible d’offrir.
POURQUOI LE VER DE TERRE N-A-T-IL PAS D'OS? (cliquer ici)
Illustration d'une couverture du bulletin mensuel du GREST (cliquer ici)
11:25 Publié dans technique culturale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, gwa, m'batto, Côte d'ivoire